


Article
paru dans L’Yonne Républicaine,
le 24
juin 1960
Les Vaux d’Yonne Nivernais
ont depuis longtemps retenu l’attention des touristes avec leurs jolies
bourgades enchâssées dans le bocage. Remontons donc aujourd’hui notre
fleuve morvandiau depuis Clamecy en direction de Corbigny par les N.151 puis,
après Dornecy, par la N.485. Après une vingtaine de kilomètre une
importante agglomération surgit à droite de la route : c’est Monceaux-le-Comte.
Il ne s’agit pas d’une
grande commune rurale mais plutôt d’une sorte de “principauté” ne couvrant que
317 hectares et dont les origines semblent remonter aux premiers siècles de
notre ère. Au Ve siècle, ce lieu se nommait
St-Georges-de-Moncellis. Autour de son château, dont il ne reste, comme
des fortifications anciennes, que d’épaisses murailles découronnées et l’ancien
manoir de Sermizelle qui perdit son dernier comte en 1834 en la personne de
Barthélémy-Olivier-Guillaume de Sermizelles, vivaient ici jadis un grand nombre
de gens de métiers et une importante population de journaliers. Ainsi
Monceaux semble avoir toujours été non une commune agricole mais un centre
commercial et de services vers lequel convergeait tout l’arrière pays, agricole
lui et même exploitant des terres et pâturages de Monceaux.
On ne s’étonnera donc pas
qu’on ne puisse citer ici qu’une seule exploitation agricole d’à peine 50
hectares quand les terres labourables occupent 25 hectares, les prés 233,
les bois 37 et la vigne environ un hectare. Par contre la commune possède sur
les territoires voisins de Dirol et Vignol de petites superficies de bois
exploitées en coupes affouagères permettant d’attribuer gratuitement chaque
année deux stères de bois de chauffage à chaque foyer. Il y a cent ans
les terres labourables étaient majoritaires avec 150 ha contre 90 ha de prés et
de pâtures.
Monceaux qu’arrose l’Yonne
et le ruisseau de Fougères semble installé comme sur plusieurs mottes féodales
dominant légèrement la vallée et la cote 179 mais dominé par le coteau et le
bois de La Brosse. Le sol argilo-calcaire porte de bons
pâturages. L’élevage est comme en toute cette région la meilleure
spéculation des agriculteurs mais alors qu’au siècle dernier cette commune
était un réservoir de main-d’oeuvre, la désertion des campagnes l’a presque
complètement privée de personnel salarié au profit des emplois les plus divers
en région parisienne surtout.
Monceaux avait, jusqu’à ces
dernières années, un moulin à blé et autrefois un pressoir à huile, depuis peu
de temps il n’y a plus de notaire ni de médecin, mais il y eut aussi un vétérinaire
et un percepteur. Au XVe siècle, le curé nétait-il pas notaire royal ?
Aujourd’hui, l’industrie ne
comporte qu'une scierie ; l’artisanat est bien représenté avec deux
boulangeries, deux menuiseries, un charron, un tonnelier, un maréchal, un
plombier-électricien, trois maçons et un plâtrier-peintre. Le commerce
compte deux hôtels-restaurants, deux cafés, deux épiceries, une boucherie et un
négociant de vins en gros. Monceaux reste donc essentiellement un centre
de “Services” économiques.
La population a
considérablement évolué, moins en nombre qu'en répartition. Alors qu’il y
a un siècle on comptait 345 habitants dans 118 foyers, on ne pourrait
guère en trouver beaucoup plus de 200 aujourd’hui dans 27 foyers
permanents. Mais aux beaux jours, aux vacances, il y a bien une
quarantaine de maisons qui ouvrent leurs volets pour quelques semaines car
nombreux sont les citadins qui ont acheté un petit pied-à-terre où généralement
ils comptent venir prendre leur retraite. Déjà, nombre de ces foyers sont
occupés par des familles âgées ce qui expliquerait qu’à l’Etat-Civil de 1959
ont ait enregistré 2 naissances et 2 mariages contre 8 décès. Les
recensements successifs ont donné 312 habitants en 1911 puis 260 en 1936,
254 en 1946 et enfin 219 en 1954. La grande guerre a fait ici neuf
victimes.
A ce jour, en 1960, l’école
communale reçoit 28 élèves dont 4 de Moissy-Moulinot, petite commune
voisine. La population adulte se compose de 145 électeurs, soit
61 hommes et 84 femmes. La commune est administrée par M. André
Grosjean, agriculteur, maire depuis 1959, assisté de Monsieur Roger Billardon,
électricien-plombier, son adjoint. Le culte est assuré par le Révérend Père
Johannot de la Mission de France, curé résidant, et M. Aristide Lyonnet
est instituteur et secrétaire de Mairie. Mme Camille Bondrieux est receveuse
des Postes.
Le bourg est à environ un
kilomètre de la gare de Dirol, où passent 6 à 7 services de voyageurs par jour
et ne se trouve ainsi qu’à 5 heures de Paris. Par contre les services
d’autocars sont limités à deux liaisons les jours de foire à Corbigny, l’une
venant de Clamecy et l’autre de Tannay. Faute de correspondances à Corbigny,
les moyens de transports en commun avec Nevers laissent totalement à désirer.
L’orientation économique se
fait naturellement au profit de Corbigny (9km) plutôt que Tannay, chef-lieu de
Canton, à 6 km. On va aussi faire des achats à Clamecy (21km) voire
Auxerre (64 km) ou Nevers (70km).
A l’ouest, la commune est
limitée par Dirol et à l’est par Vignol, Moissy-Moulinot et Ruages. Il
n’y a aucun hameau.
Siège d’une ancienne
châtellenie formée avec la commune voisine de Neuffontaines et rattaché au
XVIIe siècle au duché de Nevers, Monceaux a gardé quelques précieux souvenirs
du passé : dans son église d’époque moderne, on peut voir dans l’entrée, près
des fonds baptismaux, une curieuse statue provenant de l’ancienne abbaye
voisine, Notre-Dame du Réconfort : un Saint-Georges à cheval qui ornait le
dessus du portail de l’ancienne église du XVe siècle et dans le croisillon droit
une très jolie Vierge allaitant l’enfant Jésus en marbre blanc du XVe siècle.
Monceaux-le-Comte qui doit
son nom -croit-on- à son appartenance à la même famille possédant le fief de
Metz-le-Comte, s’honore d’avoir vu naître Colon de Montfort, célèbre médecin de
Louis XV et Louis XVI et, parmi nos contemporain, le général Lorillot.
Parce que l’Histoire n’est construite que des histoires du quotidien, tous les souvenirs sont à conserver pour la mémoire du village, ensemble.